25 Novembre : Saint Michel Collon en conférence à Villerupt avec une association qui programme des spectacles de Dieudonné

Une tournée décidément  très trouble :  on savait que Saint Michel Collon n’était pas très regardant sur ses alliances politiques, par exemple quand il relaie  sur son site un appel a manifester en soutien à Kadhafi à Paris  le 3 Septembre dernier émanant des militantes négationnistes Ginette Skandrani et Maria Poumier [1] ou lorsqu’il publie sur son site des militants conspirationnistes, sinon d’extrême droite. Pour cette raison, ce militant du confusionnisme politique s’est vu interdire de conférence à la Bourse du Travail de Paris. Sa tournée de promotion continue néanmoins, venant confirmer la justesse de l’analyse des militants syndicaux qui n’ont pas voulu de lui : en effet, Saint Michel s’apprête à donner une conférence pour une association qui organise des spectacles de Dieudonné.

Dans l’agenda de la tournée de Saint Michel Collon, le 25 Novembre 2011 fera date. Ce jour là, notre ami donne une conférence à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), à l’invitation d’une association dénommée Licentia :

Or, il se trouve que Licentia, association qui se veut « apolitique » et à vocation culturelle [2], a déjà défrayé la chronique dans un Républicain lorrain étonnamment complaisant pour avoir déjà organisé deux spectacles  de  Dieudonné : le premier le 16 Avril 2010 et le second le 27 Mai 2011. En cette dernière occasion, Licentia a remis à Dieudonné la « Quenelle d’Or du spectacle le plus casse-couilles à organiser » (sic). Depuis, les membres de cette association, tout en répétant à qui veut bien les entendre qu’ils sont « fortement ancrés à gauche », font mine de s’étonner d’être « conspués » par les militants locaux [3].


Saint Michel Collon a beau répéter partout qu’il n’a rien a voir ni de prés ni de loin avec l’extrême droite et qu’il apporter comme preuve sa fâcherie récente avec Alain Bonnet de Soral [4], visiblement ile se soucie peu de savoir qui organise ses tournées promotionelles. A moins qu’un tel voisinage ne le dérange pas…

S’agissant de confusionnisme, il est permis également de s’interroger dans cette affaire sur le rôle de la mairie PCF de Villerupt, qui non seulement ne fait rien pour empêcher de tels spectacles, mais va jusqu’à prêter sa salle municipale pour qu’ils puissent avoir lieu [5]. Une salle qui porte d’ailleurs – ironie du sort ! – le nom de Maurice Thorez, dont l’attitude au moment du Pacte germano-soviétique a été plus que trouble. Vous avez dit « honteux » ?


[1] Voir notre article « Grand Soir et gueule de bois »

[2] Voir ici : facebook.com/pages/licentia/478268595486?sk=info Et là : licentia.over-blog.com/categorie-11565941.html

[3] Voir ici : licentia.over-blog.com/article-a-propos-de-la-venue-de-dieudonne-mise-au-point-46524086.html

[4] Voir ici : michelcollon.info/Soral-Collon-Bricmont-Investig.html Une fâcherie Collon-Soral très médiatisée dans la fachosphère mais au sujet de laquelle Saint Michel terminait son article en ne fermant pas pour autant sa porte à Bonnet de Soral : «  L’agenda d’Investig’Action étant très chargé mais pas dicté par les sautes d’humeur d’Alain Soral, nous reviendrons dès que possible et en détails sur ces différents points ainsi que sur l’analyse de Comprendre l’Empire. Michel Collon est également disposé à débattre avec Alain Soral dès septembre si l’occasion se présente » : décidement on ne se refait pas. Une engueulade assez épique a suivit entre Olivier Mukuna (réalisateur d’un film hagiographique sur Dieudonné et ami de Saint Jean et Saint Michel ) et Alain Bonnet de Soral lors de laquelle les deux personnages ses sont traités mutuellement de toutes sortes de noms d’oiseaux.

[5] Du moins en ce qui concerne les spectacles de Dieudonné. Saint Michel, quant à lui, interviendra dans le cinéma Le Rio. Nous ignorons si ce cinéma, qui se situe dans un « Espace Guy Môquet », appartient ou non à la municipalité.

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Anti-impérialisme

Nous relayons ci-dessous un article d’Yves Coleman qui analyse à son tour certaines dérives de l’anti-impérialisme en France et en Europe, celui revient sur le rôle joué par certains journalistes et intellectuels de gauche qui au nom de l’anti impérialisme ne font qu’absoudre et donner des cautions  morales a des régimes autoritaires et dictatoriaux qui n’ont rien d’humanistes et encore de progressistes. Ce texte  a été initialement publié dans la revue Ni patrie ni frontières et sur le site mondialisme.org.

A l’extrême gauche comme à l’extrême droite on ne connaît géné­ra­lement qu’un seul impér­ial­isme, l’impér­ial­isme amé­ricain, et son « valet sio­niste ».

Ce sont les jeunes nazis du NPD et les natio­na­lis­tes-révo­luti­onn­aires alle­mands qui ont, les pre­miers dans l’extrême droite europé­enne, théorisé la néc­essité de mener une lutte de libé­ration natio­nale, pour déf­endre l’iden­tité natio­nale alle­mande, et « sou­te­nir “dans un cadre inter­na­tio­nal et eth­no­plu­ra­liste”, les com­bats des Africains, des Asiatiques, des Basques, des Bretons, des Flamands » (N. Lebourg, op. cit.). À la même époque (le début des années 70) l’Organisation Lutte du Peuple insis­tait en France sur le fait que leur natio­na­lisme racial-européen était « juste et légi­time à l’instar du natio­na­lisme arabe et des natio­na­lis­mes sud-amé­ricains » fondés sur des « zones ethno-géog­rap­hiques bien dét­erminées ».

L’anti-impér­ial­isme des fas­cis­tes s’expli­que aussi par la phobie du mét­is­sage : comme l’expli­quait Maurice Bardèche en 1960, « toutes les races sont égales entre elles, aucune n’a de titre à s’ins­tal­ler dans l’espace vital d’une autre race et la paix ne règ­nera sur le monde que lors­que chaque race aura réintégré le conti­nent qui lui a été attri­bué par la nature ».

Du côté de l’extrême gauche, la théorie de l’impér­ial­isme (et donc de l’anti-impér­ial­isme) cor­res­pond à une époque où un cer­tain nombre de puis­san­ces europé­ennes (Espagne, Portugal, Pays-Bas, France, Angleterre) exerçaient une domi­na­tion directe ou indi­recte (Etats-Unis) sur des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui n’avaient aucune auto­no­mie poli­ti­que. Ces puis­san­ces entre­te­naient sur place des trou­pes ou des bases mili­tai­res, voire par­fois se livraient à une colo­ni­sa­tion de peu­ple­ment (Australie, Nouvelle-Zélande). À cette époque, le fait de réc­lamer l’autodét­er­mi­nation et l’indép­end­ance natio­nale, et sur­tout tous les droits démoc­ra­tiques du mou­ve­ment ouvrier (droits d’orga­ni­sa­tion, liberté de presse, de réunion et d’expres­sion) qui y étaient asso­ciés, avait un sens, notam­ment pour les mili­tants vivant dans les mét­ro­poles impér­ial­istes qui devaient prou­ver concrè­tement qu’ils n’étaient pas com­pli­ces avec leur propre bour­geoi­sie.

Aujourd’hui, on assiste à l’essor de puis­san­ces rég­io­nales (Iran, Irak, Turquie) au Machrek ; Chine, Inde, Pakistan en Asie ; Brésil, Venezuela, en Amérique latine, qui ne sont plus sous la coupe mili­taire ou la domi­na­tion colo­niale directe.

Le plus sou­vent, les mou­ve­ments anti-impér­ial­istes actuels ne sou­tien­nent pas des mou­ve­ments de libé­ration natio­nale, car il n’y en a plus guère sur cette planète (on pou­vait encore fan­tas­mer, dans les années 1960 sur une éventu­elle « trans­crois­sance » socia­liste de ces mou­ve­ments, ce n’est plus pos­si­ble aujourd’hui). Ils sou­tien­nent des Etats soli­de­ment cons­ti­tués qui ont eux-mêmes des ambi­tions ter­ri­to­ria­les par­ti­cu­liè­rement agres­si­ves vis-à-vis de leurs voi­sins immédiats (Iran/Irak ; Irak/Koweït ; Inde/Pakistan ; Pakistan/Afghanistan, etc.), ou qui veu­lent deve­nir les diri­geants d’allian­ces éco­no­miques et poli­ti­ques rég­io­nales (Venezuela, Brésil) pour mieux affron­ter la concur­rence des gran­des puis­san­ces.

C’est ainsi que Michel Collon, dont les écrits sont cités par de nom­breux sites d’extrême gauche ou alter­mon­dia­lis­tes, a pu écrire le 11 août 2011 : « Mais s’ils arri­vent à ren­ver­ser Kadhafi, que se pas­sera-t-il ? Plus d’Etat-pro­vi­dence en Libye, mais un maxi­mum de pri­va­ti­sa­tions. » Vous avez bien lu : le régime Kadhafi avait ins­tauré un « Etat-Providence » dans son pays ! Sa stupéfi­ante clair­voyance poli­ti­que est même dépassée par Alexander Cockburn, un autre jour­na­liste dont les arti­cles sont tra­duits ou cités sur les sites alter­mon­dia­lis­tes et d’extrême gauche, et qui écrivait le 22 juillet 2011 un arti­cle au titre pré­mo­nit­oire « Quatre mois plus tard : L’échec de l’OTAN contre la Libye dés­ormais confirmé ». Notre jour­na­liste anti-impér­ial­iste écrivait un mois avant la chute du régime : « Tripoli a réc­emment connu de vastes mani­fes­ta­tions pro-gou­ver­ne­men­ta­les. La popu­la­tion libyenne est de 6 mil­lions, dont 4 à Tripoli. Kadhafi se promène dans la ville dans une Jeep ouverte. Un grand nombre d’AK-47 ont été dis­tri­bués aux comités de déf­ense civile. Les forces de sécurité de Kadhafi ont-elles obligé tous ces gens à aller mani­fes­ter ? C’est peu pro­ba­ble. »

Voilà à quoi sont réd­uites aujourd’hui la gauche « anti-impér­ial­iste » et l’extrême gauche. Elles repro­dui­sent les écrits de jour­na­lis­tes qui auront sou­tenu et embelli le régime Kadhafi jusqu’au bout. Elles se tai­sent sur les mas­sa­cres en Syrie (la gauche franç­aise et inter­na­tio­nale n’a orga­nisé aucune mani­fes­ta­tion signi­fi­ca­tive contre les mas­sa­cres du régime syrien). Elles expli­quent que la chute de Kadhafi serait une vic­toire pour « l’impér­ial­isme », comme si ce tyran avait jamais représenté le moin­dre danger sérieux pour les gran­des puis­san­ces, Russie et Etats-Unis inclus, qu’il a ser­vies alter­na­ti­ve­ment.

En mars 2011, l’appel à un débat ras­sem­blant les orga­ni­sa­tions de la gauche et de l’extrême gauche des Bouches-du-Rhône conte­nait les propos cra­pu­leux sui­vants : « Pourtant, peut-on com­pa­rer le régime du colo­nel Kadhafi à ceux de ses voi­sins égyptien et tuni­sien ? N’a-t-on pas connu les diri­geants libyens, sous des pos­tu­res plus en phase avec l’aspi­ra­tion des peu­ples de la rive sud de la Méditerranée (natio­na­li­sa­tion des hydro­car­bu­res, redis­tri­bu­tion rela­tive des riches­ses générées par la vente du pét­role et du gaz, gra­tuité de la méde­cine, alliance avec les régimes pro­gres­sis­tes du sud de la planète, sou­tien indéf­ec­tible à la cause pales­ti­nienne et à toutes les luttes de libé­ration à tra­vers le monde, etc.) ? Depuis quand ce régime a-t-il com­mencé à tour­ner le dos à son peuple ? » Et qui avait signé ce tract ? Le PIR (le Parti des Indigènes de la République), ce qui est normal vu son posi­tion­ne­ment poli­ti­que, mais aussi ATTAC, le PCF, la FASE, le PG le MRAP et… la CNT. La « redis­tri­bu­tion rela­tive » voilà ce que les anar­cho-syn­di­ca­lis­tes, les trots­kys­tes, les sta­li­niens et les sociaux-démoc­rates de gauche français trou­vent pro­gres­siste ! On com­prend que tous ces gens-là soient en phase avec Michel Collon.

La devise du socia­liste Karl Liebknecht, « L’ennemi prin­ci­pal de chaque peuple est dans son propre pays », a rare­ment été appli­quée à l’extrême gauche, et jamais à l’extrême droite, ce qui est moins étonnant ! Depuis qua­rante ans, on n’a jamais vu l’extrême gauche franç­aise se mobi­li­ser dans les facs et les lycées contre les inter­ven­tions franç­aises en Afrique sub­sa­ha­rienne. On ne voit jamais des mili­tants enta­mer des actions, ou ne serait-ce qu’une pro­pa­gande, en direc­tion des sol­dats français qui par­tent com­bat­tre en Afghanistan, en Côte-d’Ivoire, au Tchad, etc. Par contre, on ne compte plus les comités Palestine, bateaux pour Gaza et autres boy­cott des pro­duits israéliens venant des Territoires occupés. Même les Indigènes de la République, si bavards sur le « post-colo­nia­lisme », n’ont pris aucune ini­tia­tive concrète pour dén­oncer l’armée franç­aise actuelle qui joue pour­tant un rôle cen­tral dans le main­tien de la domi­na­tion « post­co­lo­niale » qu’ils prét­endent dév­oiler…

Extrait du n° 36/37 de Ni patrie ni fron­tières

http://www.mondialisme.org/spip.php?article1727

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Troisième Voie : l’art de manipuler par la confusion

Nous relayons ci-dessous une longue analyse publiée sur le site des Red Skins de Limoges. Cet article analyse un autre groupuscule qui surfe sur le confusionnisme politique : Troisième Voie de Serge Ayoub qui reprend depuis longtemps des thématiques contestataires, sociales, écologistes ou décroissancistes qui ne devraient pas être les siennes. Fondé dans les années 1980, le mouvement a explosé en 1991 avant de renaître de ses cendres il y a un peu plus d’un an, toujours sur des bases « solidariste » et « nationale-révolutionnaire ». Sa stratégie confusionniste a depuis fait des émules auprès d’autres mouvements.

 

Au milieu de la crise capitaliste, d’une dépolitisation de la population qui se généralise suite aux échecs de la gauche réformiste et révolutionnaire à faire valoir une alternative sociale et populaire crédible, une organisation fasciste refait surface en France et fait parler d’elle : « 3ème Voie ». Bien que cette initiative et ses activités ne rassemblent quasiment que des individus à l’apparence de CRS chauves qui suivent aveuglement leur messie historique Serge Ayoub, nous allons analyser leurs idées et prétentions confuses. Alchimie de bas étage, rocambolesque et dangereuse, mélange irrationnel et lamentable d’idées et de repères historiques digne d’un inconscient opportuniste, le nationalisme-révolutionnaire appartenant au mouvement solidariste s’accroche, survit auprès d’individus souvent très jeunes, désabusés, en manque de sensations fortes, en manque de connaissances historiques, politiques, économiques et culturelles.

Évidemment, tout ceci ne serait rien sans l’investissement de la figure emblématique et historique du milieu skinhead néo-nazi parisien Serge Elie Ayoub. Ce français « d’origine orientale » comme diraient ses petits camarades, bourgeois et intellectuel raté, galvanisant ses troupes par des allusions historiques et politiques confuses que la plupart ne comprend pas, entend revenir au devant de la scène après s’être rangé une quinzaine d’années suite à des condamnations répétées pour agressions racistes, préférant alors se tourner vers les gangs de motards et le trafic de stéroïdes.

Notre initiative de faire un article ne vient pas de notre volonté de leur faire de la pub mais de mettre en garde. Ne pas surestimer son ennemi mais surtout ne pas le sous-estimer.

Nous, descendant-e-s de résistant-e-s, de militant-e-s ouvriers-ères et d’immigré-e-s, ne connaissons que trop bien ce que le fait de les ignorer donna dans le premier tiers du 20ème siècle…

Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ! Et ces fachos, endurcis par l’expérience de leurs échecs précédents, espèrent bien qu’un jour cet Alzheimer se généralisera à toute la population pour pouvoir agir sereinement, sans plus personne en face d’autre qu’une minorité encore consciente mais devenue impuissante. Notre volonté d’écrire un article apparaît également face à la volonté de nos petits fachos locaux, après avoir voulu rallier le Bloc Identitaire puis le FN, de lancer la section 87 de « Troisième Voie ».

Nationalisme Révolutionnaire / Solidarisme : présentation

« Troisième Voie » se revendique comme étant une organisation « nationaliste révolutionnaire » et « solidariste ».

Le nationalisme révolutionnaire, « NR » en acronyme, est un mouvement intellectuel et politique dont la naissance officielle semble marquée par l’échec du mouvement « Algérie Française » et qui se crée lors de la « Réunion de Venise » en 1962, qui fixe pour une frange de l’extrême droite radicale le projet d’édifier pour l’ensemble des européen-ne-s une Europe blanche, unitaire, d’élite, débarrassée du « capitalisme libéral » et du « communisme égalitariste ». C’est pour cela qu’on appelle communément le nationalisme révolutionnaire « Troisième Voie ». Ce mouvement a une vision nationaliste et différentialiste (racisme non pas biologique mais ethnique et culturel) du monde, et prétend avoir une vision « socialiste » de la société. Il se permet donc d’allier des thèmes traditionnels de la droite conservatrice à des thèmes de la gauche socialiste, se situant en marge de l’extrême droite électorale, afin de pouvoir récupérer tou-te-s les déçu-e-s et les écœuré-e-s du système.

Les parentés directes du NR sont le « national-bolchévisme », un mouvement hybride aberrant venu de Russie mêlant stalinisme et nazisme, ainsi que le national-syndicalisme venu de la Phalange Espagnole franquiste, d’obédience fasciste. On peut considérer que le NR est l’authentique doctrine d’un fascisme global d’héritage et de synthèse, la fusion entre le fascisme social mussolinien et le nazisme racial d’Hitler (nous y reviendrons après). Sur le plan antisémite, il ne revendique pas d’apriori racial biologique concernant le peuple juif mais adopte une vision conspirationniste et politique. Le « juif » est vu comme étant « l’agent du cosmopolitisme et du mondialisme financier qui empêche l’édification du socialisme national ». Vous remarquerez l’usage volontairement inversé d’avec national-socialisme pour ne pas choquer directement. Les NR soutiennent et défendent également les négationnistes qu’ils choisissent minutieusement pour créer de la confusion tel Roger Garaudy (ancien résistant communiste, condamné en 1998 pour incitation à la haine raciale, provocation raciale et contestation de crime contre l’humanité).

Mais d’un point de vue de continuité historique, le nationalisme révolutionnaire puise une grande partie de ses racines (et le revendique d’ailleurs parfaitement) dans le parti politique nazi d’Adolf Hitler (NSDAP). En effet, les militants nationalistes-révolutionnaires se revendiquent héritiers en partie des frères Otto et Gregor Strasser, dirigeants de « l’aile gauche » du nazisme. Expulsés du parti d’Hitler pour s’être proclamés les seuls « vrais national-socialistes », ils fondèrent en 1930 le « Front Noir », ou plus précisément la « Communauté de Combat National-Socialiste d’Allemagne » (NSKD) qui fut interdit en 1933. Ses membres, principalement les sympathisant-e-s et militant-e-s les plus « socialistes » du nazisme, furent en majorité déporté-e-s dans des camps de concentration. Le Furher veut être le seul maître de sa folie.

Le Front Noir avait comme symbole d’organisation un glaive et un marteau rouges croisés sur fond noir. Il figure aujourd’hui sur des drapeaux que nous pouvons retrouver dans les manifestations néo-nazies en Allemagne, en Europe du Centre et de l’Est aux côté de croix gammées, croix celtiques détournées et autres symboles ésotériques et occultes nazis. Plus proche de nous, on peut les retrouver dans les manifestations de 3ème Voie en France comme celle organisée à Lille le 8 octobre 2011. Le trident est un autre symbole contemporain de ce mouvement. La filiation avec le nazisme est donc bel et bien assumée.

Le solidarisme, sans véritable filiation avec le solidarisme pensé par le radical Léon Bourgeois en 1896, outre la volonté de se démarquer du libéralisme et du marxisme, est un mouvement presque synonyme de nationalisme révolutionnaire, apparut en 1975 autour de deux figures : Jean-Pierre Stirbois et Michel Collinot qui militent dans le Mouvement Jeune Révolution (MJR – crée en 1966 par des anciens de l’OAS – Organisation de l’Armée Secrète) et créèrent l’Union Solidariste en 1975. Ils furent tous deux des pontes dans le Front National. Les idées phares sont le refus du matérialisme et de l’impérialisme des blocs alors existants : américain / soviétique. On peut noter un attachement aux idées proudhoniennes anti-marxistes, sans réellement comprendre l’idéologie de Proudhon, autre que l’idée d’indépendance nationale.

Les organisations NR en France

Au niveau de l’existence organique en France, le nationalisme révolutionnaire est apparu sous la forme de plusieurs groupuscules constamment animés par les mêmes individus, tournant en rond :

« Réseau radical », (nous commençons par ce groupe de réflexion pour voir les différentes idées des chefs qui fondèrent les organisations NR). Pôle de réflexion nationaliste révolutionnaire et solidariste fondé en 2002 notamment par Christian Bouchet, ancien d’Unité Radical. Les références idéologiques oscillent entre l’eurasisme d’Alexandre Douguine (conception impérialiste et socialiste-nationaliste qui regroupe toute l’Europe jusqu’à la limite de l’Asie), fascisme lié à la pensée contemporaine de François Duprat, fascisme radical lié à Julius Evola et national-bolchévisme / national-socialisme lié à Jean Thriart, ancien de l’association des « Amis du Grand Reich Allemand », favorable à la collaboration et partisan de l’annexion européenne par les nazis.

« Jeune Europe », fondée en 1962 par Jean Thriart, issue du Mouvement d’Action Civique et de l’OAS.

« Groupe Union Défense », organisation étudiante d’extrême droite créée en 1968 par d’anciens militants du groupe Occident, reposant d’abord sur une idéologie du nationalisme français peu élaborée pour évoluer ensuite vers le NR.

« Groupes Nationalistes Révolutionnaires de Bases », fondés en 1978 par François Duprat qui structura à partir d’eux la tendance radicalement fasciste, pro-nazi, au sein du Front National.

« Troisième Voie », première génération. Fondée en 1985 par Jean-Gilles Malliarakis. Ce dernier se présente comme « néo-fasciste ». Troisème Voie fit beaucoup parler d’elle pour avoir intégrées et structurées les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR) sur Paris ,dont le chef de cette bande de « skinheads nazis » est Serge Ayoub, alias Batskin. Après l’éclatement de l’organisation en 1991, Malliarakis milite à la Confédération Européenne de Défense des Commerçants et Artisans (CEDCA).

« Nouvelle Résistance », fondée en 1991 par les anciens de Troisième Voie et des pro-nazis de Jeune Europe, animé par Christian Bouchet. L’organisation se transformera en « Union des cercles de résistance » lors de son troisième congrès en 1996. Puis donnera naissance à Unité Radicale.

« Unité Radicale », fondée en 1998 par le GUD, l’Union des cercles de résistance et Jeune Résistance. L’organisation fut dissoute suite à la tentative d’assassinat sur Jacques Chirac en 2002 par un de ses membres.

Etude et analyse de classe du Nationalisme Révolutionnaire et de Troisème Voie.

Nous l’avons vu le nationalisme révolutionnaire est clairement une composante du fascisme et du national-socialisme. Le fascisme peut se résumer par « c’est la petite bourgeoisie qui passe à l’action ». Dans son Histoire du mouvement fasciste, Gioacchino Volpe (lui-même proche du fascisme) rapporte que sur la liste des 308 éminents chefs fascistes italiens en 1920, 254 d’entre eux font partie ou sont issus de la petite et moyenne bourgeoisie. Le fascisme a été l’instrument de la réorganisation impérialiste des sociétés italienne et allemande, l’instrument de l’hégémonie du capital financier sur les autres secteurs du capital. Regardons de plus près.

Confusion et révisionnisme historique pour pouvoir séduire

Le 8 mai 2011, lors de la manifestation nationaliste intitulée « La France est de retour ! », on voit plusieurs cortèges d’extrême droite défilant avec la volonté de montrer une discipline ferme, rangée et organisée mais dont le résultat ferait pâlir de honte César devant ces « soldats politiques ». Alors, Serge Ayoub, tribun raté, désespéré, entend des voix et parle à Jeanne. Il lui apprend l’histoire depuis qu’elle est absente, et tous les évènements historiques marquant mettant en scène le peuple, « C’est Nous ! ». Ainsi, prétend-il, depuis 1500 ans, le peuple français accompagne avec conviction et foi les folies conquérantes et guerrières de ses maîtres. Rien ne doit procurer plus de fierté ! Encore faut-il connaître l’histoire… En tout cas ces références sont le ciment idéologique et les repères historiques de son organisation.

C’est vrai, ce peuple mythifié, idéalisé, dont à cette époque la moitié sud n’est pas franque mais occitane, dont l’ouest n’est pas franc mais breton, est fier de se faire marcher dessus par ceux et celles qui règnent sur lui, par ces rois francs « étrangers » aux terres celtes romanisées d’Occitanie et de Bretagne. Ces rois francs mérovingiens et capétiens « étrangers » qui envoient en première ligne le peuple autochtone se faire massacrer pour leurs intérêts de riches propriétaires. Ces terres ne sont conquises qu’au prix du sang des autochtones, au prix de l’esclavage des serfs. C’est vrai que ce peuple français fut bien content et fier de mourir pour agrandir la puissance et la richesse de ses bourreaux royaux et religieux qui l’ont envahi et l’exploitent.

C’est vrai que ce peuple français fut fier d’obéir à l’appel de la guerre de succession, pour la bataille de Malplaquet en 1709 sous Louis XIV, pour des intérêts qui ne furent pas les siens mais juste ceux de ce Roi soleil qui laissait mourir de faim la population et réprimait les jacqueries paysannes pour oser réclamer plus de justice ; et qui préférait se goinfrer lors de banquets à répétition en endettant considérablement le pays.

C’est vrai que ce peuple s’est levé en masse pour chanter la Marseillaise contre une Europe royale coalisée contre la France (dont le Roi Louis XVI fut complice). Ce qui, soit dit en passant, représente déjà un antagonisme de mentalité entre cette période et celle précédemment citée. Ce peuple dévoué corps et âme à la monarchie jusqu’à se lever pour la bataille de Malplaquet se retourne subitement contre son suzerain 80 ans plus tard pour instaurer la « République et la Liberté ». N’est-ce là qu’une notion de patriotisme transmise depuis Charlemagne qui motive ces évènements et la volonté populaire, ou bien est-ce du matérialisme historique, c’est à dire que les évènements historiques sont influencés par les rapports sociaux en particulier les rapports entre les conditions et les classes sociales ?

Mais c’est vrai que le nationalisme révolutionnaire est contre le matérialisme pour pouvoir détourner les évènements à son profit.

Mais la suite est encore mieux ! On passe de la République à l’Empire, puis aux Communes révolutionnaires socialistes sans faire acte des réalités psychologiques, politiques, historiques et sociales qui animent les différentes parties du peuple au cours de ces périodes antagoniques. Non, Serge ne voit que par la transmission des valeurs patriotiques françaises. Tous les évènements historiques de la France ne sont motivés que par l’élan et la conscience patriotique de son peuple contre les corruptions, les oppressions, les injustices.

Mais c’est curieux que ton histoire s’arrête à la première guerre, avec la bataille de la Somme où c’est dis-tu « Encore Nous ! ».

Alors, Serge, une petite question. Vu que tu ne veux pas aller plus loin, et ça se comprend : tes camarades monarchistes du Renouveau Français présent-e-s à ton discours, ça a dû leur glacer le sang d’entendre de ta bouche revendiquer l’héritage des communards… donc dis-nous, le régime collabo et anti-patriote de Vichy, « Toujours Nous » ?

Pourquoi la confusion ?

Ce qu’il faut maintenant analyser c’est ce qui pousse les mouvements et organisations fascistes à se réapproprier l’histoire pour que ça leur serve de base idéologique et donc de crédibilité. Eux qui se targuent d’être identitaires, d’être les pur-e-s, sont en fin de compte les seul-e-s à ne pas avoir d’identité. Ils sont obligé-e-s, comme les parasites, de se greffer sur quelque chose de pré-existant pour pouvoir exister et se développer.

La volonté de semer la confusion et de réviser l’histoire à leur profit, prenant par-ci par-là des thèmes, des repères comme à droite : la tradition, la famille, la spiritualité, l’ordre… et à gauche : le social, l’action, la masse, la révolte contre l’injustice et l’oppression… colle en fait à leur stratégie de développement et d’accession au pouvoir.

Il est important de rappeler que le fascisme naît et se développe dans une société mondiale caractérisée par la concentration du capital, que nous pouvons qualifier d’impérialiste. C’est à dire que les monopoles se substituent à la libre concurrence. Le marché national est saturé par le développement des forces productives et contraint à une expansion économique vers l’étranger. Ceci se réalise à travers la conquête de marchés et d’investissements. La concentration du capital, caractéristique de l’impérialisme, implique le développement du rôle économique de l’État. Le fascisme est une réponse politique à la paupérisation de certaines classes sociales, la réponse à leurs déclassement. C’est pourquoi les bases sociales de celui-ci émanent surtout de la petite et moyenne bourgeoisie. Ainsi, les cadres du NSDAP allemand, comme du Parti National Fasciste italien, ses dirigeants, mais également les larges secteurs de la base sont issus de la petite bourgeoisie (petits propriétaires terriens, artisans, fonctionnaires intellectuels, commerçants, petits patrons…) qui est frappée par l’évolution de l’économie : la concurrence des grandes entreprises entraine une paupérisation, voire une prolétarisation, c’est-à-dire que les paysans, les commerçants sont contraints d’abandonner la propriété de leurs moyens de production pour aller se salarier. Le fascisme critique donc dans un premier temps le grand capital. Son discours peut apparaître comme « anticapitaliste », « révolutionnaire », n’ayant pas honte de se réapproprier des héritages du monde ouvrier socialiste comme le blanquisme ou la Commune de Paris 1870. Mais en analysant de plus près il est évident que le fascisme vise simplement à la réforme du capitalisme, à protéger les intérêts des classes moyennes fortement représentées dans ses rangs.

Le fascisme fait tout son possible pour attirer la classe ouvrière à lui. Il se construit autour d’une image qu’il veut alternative et révolutionnaire, car il faut bien pour être « révolutionnaire » conquérir la classe capable de faire la Révolution. D’ailleurs Mussolini tenta de compromettre des dirigeants ouvriers de corporations. Le programme des « faisceaux de combat » de 1919 en Italie révèle un aspect socialisant pour séduire la classe ouvrière, par exemple le « vote des femmes, la séparation de l’Église et de l’État ainsi que la saisie de tous les biens religieux, salaire minimum, journée de 8h, désarmement général, gestion des industries publiques par les organisations prolétariennes » (qui en réalité sont des organisations corporatistes où patrons et travailleur-euse-s sont main dans la main comme dans le syndicalisme jaune).

Le fascisme apparaît d’abord donc comme une force pleinement autonome, comme un ennemi déclaré du grand capital tout en se disant ennemi de la lutte de classes et de l’internationalisme : une « troisième voie ».

Cependant, le fascisme ne peut accéder au pouvoir sans alliance. Or nous allons voir qu’une alliance ne peut être passée avec le prolétariat.

Contre la classe ouvrière

Le fascisme et le national-socialisme (et donc leur continuité aujourd’hui, le NR) forment l’idéologie bourgeoise d’action sociale. La petite et moyenne bourgeoisie est une classe frustrée de ne pas avoir le total contrôle économique et de ne pas avoir le rôle de transformation révolutionnaire politique dans la société. C’est pourquoi, dans la crise capitaliste, en phase d’être bousculée par l’une des deux classes sociales (capitaliste-encadrement et ouvrière), qui ont le rôle dirigeant de changement économique et politique, la petite bourgeoisie décide de passer à l’action pour maintenir son contrôle et son rang dans la société que les révolutions bourgeoises nationales lui ont donné. C’est la raison pour laquelle Serge Ayoub, dans ses discours, et dans les écrits de Troisième Voie, défend une continuité historique hautement patriotique, une communauté de destin inébranlable dans sa conscience patriotique qui passe allègrement au delà des antagonismes idéologiques et de classe. Cette communauté de destin, c’est la petite et moyenne bourgeoisie, car en tant que couche moyenne, les classes sociales de la petite et moyenne bourgeoisie ont tendance à se percevoir comme l’élément unifiant de la nation, celui qui utilisera l’État afin de mener une politique de cohésion sociale, d’où le rejet de la lutte des classes et du matérialisme historique.

Dans la lutte des classes, la petite et moyenne bourgeoisie peut, selon les intérêts qu’elle a à y gagner, se rallier :
soit au prolétariat qui regroupe les personnes qui n’ont pas de capital et sont contraintes de vendre leur force de travail pour subsister ;
soit aux capitalistes, la bourgeoisie d’encadrement, qui possède le capital et dispose ainsi des moyens de faire travailler autrui à son profit en pesant sur le cours d’achat de la force de travail.

Devant les notions de collectivisation, de socialisation des révolutions ouvrières, il est normal que la bourgeoisie décide de se rallier à la classe dominante capitaliste contre la classe ouvrière, opérant alors une contre-révolution, car elle a tout à y perdre : ses privilèges, sa place, son existence. Le fascisme apparaît donc avec cette notion de survie pour la petite et moyenne bourgeoisie. Elle se transforme alors en bras armé, passe à l’action pour à la fois défendre son rang mais également gravir les échelons sociaux de contrôle en écrasant la classe ouvrière. C’est pourquoi le fascisme, le national-socialisme et le nationalisme révolutionnaire, en terme de « socialisme » ne vont pas plus loin que la volonté de nationaliser les secteurs économiques, productifs et financiers. C’est-à-dire que les secteurs anciennement sous le joug du capitalisme mondialisé tombent sous contrôle de la bourgeoisie nationale concentrée dans l’État. C’est pourquoi l’État est si important pour les fascistes, il est l’arme de réappropriation et de contrôle politique et économique par et pour cette bourgeoisie. L’intérêt général devra être géré par un État fort, voire un homme providentiel. Le fascisme s’inspire d’un ancien régime mythique qui aurait existé et où chaque individu aurait respecté sa fonction sociale suivant ses capacités naturelles. Ainsi, plus le développement capitaliste est avancé et plus l’État peut apparaître comme le facteur de résorption de la crise.

Le Front des Patriotes (groupuscule qui regroupe les nazis de Lemovice et nationalistes radicaux de Limoges), rallié tout récemment à Troisième Voie, nous le démontre avec un de ses autocollants « Contre les banksters et les financiers apatrides, nationalisation de toutes les banques ! ». D’ailleurs, le programme de 1920 du NSDAP, le plus « gauchiste », demande la nationalisation des sociétés par action mais pas leur socialisation. Les entreprises seront allouées. Il n’y aura donc pas disparition de l’exploitation capitaliste, juste un renouvellement du personnel aux commandes. Il serait plus juste de parler de « retour » car le fascisme se réfère à une économie mythique, une économie corporatiste où les classes coexisteraient dans l’harmonie et dans l’intérêt général, au travers de cadres culturels naturels qui forment la nation. Donc le fascisme et le nationalisme révolutionnaire n’ont rien de « révolutionnaire » pour les travailleurs-euses. D’ailleurs le manifeste de Troisième Voie stipule que « nous défendons la liberté d’entreprendre comme droit fondamental (…) le marché doit obéir à des lois au service du peuple ». Donc non seulement le capitalisme n’est pas abolit, il n’y a pas de socialisme, mais en plus ici, le peuple, bien que donnant l’illusion d’être au centre de la problématique n’a en fait aucun contrôle sur les événements vue qu’une force supérieure à lui se chargera de son bonheur, de le servir : l’Etat et les lois. Ni le peuple, ni les travailleurs-euses ne sont acteurs. Il y a donc au travers de Troisième Voie la réelle volonté d’établir un système autoritaire bureaucratique et élitiste.

Mais rien ne vaut l’exemple historique pour démontrer que le fascisme, et donc aujourd’hui le nationalisme révolutionnaire et son organisation Troisième Voie, sont des mouvements contraires aux intérêts de la classe ouvrière.

Italie 1920. Le déchainement de violence commence à Bologne et en Emilie-Romagne qui sont le cœur du contre-pouvoir socialiste. La population est invitée le 21 novembre à fêter la victoire des socialistes aux municipales. Les fascistes attaquent, font dix mort-e-s et une dizaine de blessé-e-s pour le plus grand bonheur des propriétaires terriens de la région qui se plaignaient d’occupation de leurs terres par les paysans en révolte.

Le 20 décembre 1920, deux mille fascistes convergent de toute la province et attaquent un meeting socialiste de Ferrare. Deux ouvriers perdent la vie mais également trois fascistes.

En représailles, les fascistes se rendent dans chaque bourgade de la province pour détruire les locaux syndicaux et politiques ouvriers, dans les habitations des militant-e-s grâce aux renseignements de la police, tuant, violant les femmes qui s’interposent.

Au nord, en février 1921, à Trieste, les armateurs, banquiers et assureurs financent les fascistes qui saccagent la Bourse du Travail. Les ouvrier-ère-s décrètent alors une grève générale et s’arment. L’armée investit la province et les isolent pendant que les fascistes ont alors les mains libres pour détruire méthodiquement les sièges des organisations ouvrières, leurs journaux, leurs lieux de rencontre et de sociabilité, les cercles culturels. L’offensive brune gagne toute la plaine du Pô. Après Modène en Emilie-Romagne, c’est à Mantoue en Lombardie, le 20 avril, que sont détruits le Cercle cheminot, l’Université Populaire, les Bourses du travail. Les patrons profitent de l’intimidation pour mener leur offensive sur les acquis ouvriers. La moindre résistance de la part des travailleurs-euses est sévèrement réprimée. L’association agraire, patronale, n’embauche plus que des paysans adhérents aux Faisceaux fascistes. A San Giovanni del Dosso, la journée de travail passe de huit à dix heures. A Ostiglia, les fascistes donnent un délai d’un mois à la grande coopérative pour fermer ses portes. Toujours en avril, la région de Parme est entièrement dévastée. La coopérative vinicole de Pacenza est saccagée après que les carabiniers aient investi les lieux revolver aux poing, ouvrant la voie aux fascistes.

A Reggio d’Emilie, les coopératives et services municipaux socialistes de production et d’alimentation sont détruits. A Crémone, en Lombardie, se déchaînent les troupes de Roberto Farinacci. En mai 1921, les agrariens de Vénétie refusent de reconduire les anciens contrats agricoles arrivant à échéance. Les fascistes s’emparent de la région et liquident les organisation ouvrières. A Florence en mai 1921, l’imprimerie coopérative est incendiée. Le leader communiste Lavagnini est assassiné. Deux jours après, la maison du peuple à Sienne est incendiée par les fascistes avec l’essence fournie par les grands propriétaires du Consortium agraire, aidés des carabiniers et des forces armées. A la fin du mois de février, les fascistes attaquent Bari dans les Pouilles.

Ce sont plus d’un millier de sièges d’organisations prolétariennes qui sont détruits au cours du seul premier trimestre 1921 : ligues paysannes, cercles de culture populaire, universités populaires, coopératives ouvrières et paysannes, journaux et imprimeries, sièges de sections politiques, bibliothèques, locaux syndicaux, Bourses du Travail… S’y ajoutent le bannissement ou l’assassinat de leurs responsables, les démissions forcées des « municipalités rouges », les milliers d’expéditions punitives aux domiciles des militant-es ouvriers-ères, le saccage et l’incendie de leurs habitations…

Il s’agit bien là d’une liquidation systématique de toute forme d’organisation ouvrière et paysanne. L’éradication de toute prétention pour le prolétariat à renverser l’ordre établi. Il s’agit donc bien d’une contre-révolution orchestrée par la bourgeoisie et le capital mondialisé. Inutile de faire la même énumération des faits concernant l’Allemagne nazie ou encore l’Espagne franquiste, c’est exactement les mêmes pratiques et le même résultat !

La suite logique des évènements

Donc nous avons vu que le fascisme se construit premièrement comme force autonome, tentant de rallier à lui la classe ouvrière, comme la volonté de Serge Ayoub et de Troisième Voie de créer un vaste mouvement de national-syndicalisme, un fascisme ancré chez les travailleurs-euses. Mais comme nous l’avons vu, le fascisme ne remet pas en cause l’exploitation capitaliste et il ne peut faire illusion bien longtemps avec son verbiage gauchiste. Le fascisme n’empiète que très difficilement sur le mouvement ouvrier et le combat violemment.

Ne peut s’en suivre donc qu’une instrumentalisation du fascisme. Et nous voyons d’ailleurs petit à petit les thèmes récurrents de l’extrême droite devenir des thèmes au sein des forces traditionnelles républicaines, même à gauche. Le fascisme est d’actualité, car comme par l’expérience passée, il peut ouvrir de nouvelles perspectives politiques pour le grand capital qui est confronté à une crise idéologique et structurelle du système. Les gouvernements se succèdent mais n’arrivent pas à enrayer la crise économique, la contestation sociale et les conflits entre les différentes fractions du capital. Car ce n’est pas n’importe quelle fraction du capital qui s’allie au fascisme : c’est la grande bourgeoisie industrielle et bancaire.

Il faut dire que le discours fasciste facilite le compromis avec les classes dirigeantes. Rappelons que leur « anticapitalisme » est plus que flou. C’est davantage la mauvaise gestion du système qui est dénoncée que le système en tant que tel. Le manifeste de Troisième Voie le revendique d’ailleurs clairement : « l’ultralibéralisme mondialisé revendiqué comme l’alpha et l’oméga du bonheur du monde n’a de libéral que le nom. Il est en réalité un système totalitaire marchand. Une mécanique qui asservit l’homme au lieu de le servir ». Il suffit donc de substituer aux vielles castes politiciennes corrompues, des hommes neufs et sincères. En outre, les fascistes savent varier leur discours en fonction des classes sociales auxquelles ils s’adressent. Cette transformation des partis fascistes rend possible leur arrivée au pouvoir, soutenue par le grand capital.

REDSKINS LIMOGES (///)

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L’extrême droite oecuménique

Depuis plusieurs mois, d’étranges alliances se nouent au sein d’une extrême droite en pleine décomposition-recomposition : on connaissait le rapprochement Ligue de défense juive-Bloc identitaire, on découvre l’alliance catholiques intégristes-fondamentalistes musulmans. Petit tour d’horizon.

Pendant quelques trois semaines, les intégristes catholiques de l’Institut Civitas – un mouvement proche des lefebvristes – soutenus par le Renouveau français et divers autres mouvements chrétiens ultraconservateurs – a lancé une vaste campagne de harcèlement contre le Théâtre de la ville à Châtelet et plus récemment contre le 104 dans le 19e arrondissement à Paris, dont le tort était à leurs yeux d’accueillir une pièce de Romeo Castelluci, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », qu’ils jugent blasphématoire et insultante envers le Christ. Depuis, les intégristes ne faiblissent pas et suivent la pièce en tournée : ils étaient environ 600 lors de la représentation rennaise. Mais le point d’orgue de cette mobilisation a été leur manifestation nationale contre la christianophobie du 29 Octobre 2011 qui a rassemblé environ un millier de personnes, entre Châtelet et Opéra.

Des « infidèles » qui draguent des « croisés »

Une nouvelle fois, nous avons pu assister en cette occasion à une alliance étrange entre gens censés se détester cordialement, puisque des musulmans intégristes chiites et salafistes (qui eux-mêmes se regardent en chiens de faïence) se sont joints à la fête1.

Alors que parmi les slogans des cathos intégristes on pouvait entendre « La France est chrétienne et doit le rester » ou lire « France catholique, oui, oui, oui ! » , parmi les invités surprises présents des manifestations parisiennes se trouvaient des délégations du centre Zarha et du Parti antisioniste (Pas) de l’inénarrable Yahia Gouasmi – un proche de Téhéran ami de Dieudonné et d’Alain Bonnet de Soral – ainsi que de Forsane Alizza – « les chevaliers de la fierté » -, un groupe salafiste a la rhétorique violemment antisémite.

Car l’antisémitisme (maquillé comme d’habitude en antisionisme) est bien le seul point de convergence entre tous ces gens. Du côté du Pas, on célèbre paradoxalement la France chrétienne :

« Chrétiens, interrogez-vous, comment se fait-il que tous ceux qui s’attaquent à vos valeurs les plus sacrées (la famille, la foi, la patrie) soient, dans leur immense majorité, des sionistes ? Pourquoi les spectacles les plus dégradants sur le plan moral sont-ils souvent réalisés ou animés par ceux qui se vantent d’être des amis d’Israël ? […] Chrétiens de France, n’ayez pas honte de votre foi ni de votre pays, ne courbez plus la tête, n’acceptez pas de devenir des réfugiés palestiniens dans votre propre pays. Le drame qui se déroule en Palestine depuis plus de 60 ans dépasse largement le cadre de ce pays. Il s’agit d’un combat mondial pour la domination et la mise en esclavage des nations par le sionisme. La France dont le fond chrétien est toujours là, est une pièce maîtresse dans ce combat. C’est en France que se décidera, peut-être, la victoire contre le sionisme. »2

Pendant ce temps, le Centre Zahra prône une alliance avec les croisés de la chrétienté « contre le sionisme » :

« Aujourd’hui, la plus grande valeur de ce que nous sommes est notre UNITÉ ; cette UNITÉ de tous les croyants est une force indestructible face aux ennemis de notre Humanité.

La seule alternative à ce monde corrompu : c’est cette unité et notre solidarité. Vous verrez que le démon qui est au service du désordre et de l’injustice s’appelle : SIONISME.

Les chevaleries chrétienne et musulmane unies libèreront notre pays. Notre témoignage avec vous, nous le proclamons haut et fort : nous sommes avec vous pour que le Messie et son Royaume soient établis sur cette terre de France, de Palestine et du monde. »

Les cadres du Pas et du centre Zahra sont remerciés pour leur soutien par une catholique intégriste (vidéo du Pas)

Cependant, cette « unité des croyants » ne se fait pas sans heurts. Pas facile d’allier le fanatisme des uns à celui des autres, quand chacun se déteste cordialement. Et pas sûr que le combat contre l’« ennemi commun sioniste » suffise à faire taire les querelles entre intégristes catholiques et fondamentalistes musumans. Sur son site, Forsane Alizza avoue d’ailleurs : « Ainsi nous saluons l’action de protestation du Renouveau français, bien que notre engagement se situe à des années-lumières de ce mouvement et que nous avons conscience que parmi leur troupe se trouvent des islamophobes patentés. […] Force est de constater que les Musulmans demeurent dans une léthargie humiliante à l’heure où le lobby judéo-maçonnique oeuvre jour et nuit pour attaquer les symboles et forces vives de notre communauté. » Et de regretter : « Cette action de protestation contre la pièce de Roméo Castellucci aurait dû être l’occasion pour les Musulmans de montrer leur amour de Issa, “Jésus” ( que la paix soit sur lui), au lieu de cela, ce sont des Chrétiens, adeptes de la Trinité qui ont pris les devants pour marquer leur opposition, alors que cette tâche incombe aux Musulmans. »3

Ce malaise concernant une alliance avec des gens pas forcément bien disposés à leur égard se ressent aussi dans les consignes diffusées par Forsane Alizza :

« Nous avons conscience que le délai est un peu court pour avoir un nombre de participants élevé et qu’il risque forcément d’y avoir d’avantage de Chrétiens que de Musulmans. Cependant , l’essentiel est que cette présence soit symbolique. Respectez bien les consignes du service d’ordre inchaalah. […] Nous ne défilerons pas avec les Chrétiens pour ne pas qu’il y ait d’ amalgame ou que l’on nous accuse de “récupération”. […] On vous demande de ne pas communiquer avec les médias et de laisser les Chrétiens faire leur manifestation tranquillement, car tout dérapage de langage ou de comportement sera attribué à notre groupe. La discipline, la fierté, la noblesse, et le respect seront les maîtres-mots de ce rassemblement. »4

De fait, ces musulmans ont été diversement accueillis pas les chrétiens : félicités par certains, regardés suspicieusement pas beaucoup d’autres. Il semblerait même, d’après certains observateurs, que les membres de Forsane Alizza, contrairement à ce qu’ils affirment sur leur site, n’ont pas vraiment été les bienvenus et ont été contraints de se réfugier dans le hall du Théâtre de la Ville, avec les journalistes, de sorte qu’à l’arrivée de la manifestation à Opéra, il ne restait que le Pas et le centre Zarha, qu’on pouvait entendre scander avec les chrétiens : « croyants insultés on en a plus qu’assez ! » On a pu également les voir arborer des bandeaux proclamant : « Respectez Moïse, Mahomet et Jésus », sur des bandeaux de fabrication identique à ceux des cathos. L’un de leurs leaders, le Cheikh Jamel Tahiri, s’est déclaré pour « la liberté d’expression oui, mais pas une liberté d’expression qui diffame et qui offense » : circulez, la messe est dite !

Le Cheikh Jamel Tahiri du Centre Zahra et Yahia Gouasmi, président du Pas et du Centre Zahra (vidéo du Pas)

Des antisémites séduits par l’ultrasionisme

Dans cette période de confusionnisme politique et de recomposition de l’extrême droite, ce n’est pas la première fois que l’on assiste à des alliances politiques entre divers courants de l’extrême droite qui d’habitude sont antagonistes et connaissent de fortes divergences politiques.

Lors des dernières Assises contre l’islamisation qui ont eu lieu le 28 décembre 2010 à Paris et où s’est retrouvé tout ce que l’Europe compte de racistes islamophobes5, s’est opéré un rapprochement pour le moins inattendu entre le Bloc identitaire, l’ex-mouvement de « gauche » Riposte laïque et la Ligue de défense juive (LDJ), groupe d’extrême droite nationaliste juif ultrasioniste6. On avait même pu observer à l’époque – et ce malgré des démentis de la LDJ – des membres de son service d’ordre assurer la « sécurité » de l’événement aux cotés du Bloc identitaire. Pour la petite histoire, on avait alors vu Forsane Alizza, qui aujourd’hui défile aux cotés d’islamophobes patentés au nom de l’« antisionisme », manifester alors contre cette grand-messe islamophobe.

De tels rapprochements idéologiques auraient étés inimaginables il y encore une dizaine d’années. Il ne s’agit cependant pas d’un cas isolé, puisqu’il arrive aussi aux racistes islamophobes anglais de l’English Defense League (EDL) de manifester aux côtés de représentants ultra nationalistes de l’extrême droite Israélienne. D’ailleurs, l’EDL, issue du British National Front, parti suprémaciste blanc de tradition antisémite, islamophobe, sexiste et homophobe a ouvert en son sein une section juive et une section homosexuelle7. C’est à y perdre son anglais !

Depuis les attentats 11 Septembre 2001, on sait que l’extrême droite est relativement divisée sur ces questions de religions. Tandis que des gens comme le Bloc identitaire ou certains courants du FN n’hésitent pas a prôner des alliances avec la LDJ et a écrire des appels à soutien en faveur d’Israël, perçu comme un rempart contre l’« islamisation » du monde occidental, d’autres courants comme comme Egalité et Réconciliation d’Alain Bonnet de Soral ou comme les nationaux révolutionnaires de Vox Nr restent sur des positions violemment antisémites, qu’ils recyclent en « antisionisme ». C’est d’ailleurs sur cette base que le mouvement soralien est prêts à s’allier à des musulmans intégristes comme le Centre Zahra au sein du Pas.

Ceci dit, ne nous leurrons pas : qu’elle considère que l’ennemi principal soit le juif ou l’arabo-musulman, l’extrême droite reste l’extrême droite : raciste, islamophobe et antisémite.

Il n’en demeure pas moins que ces alliances étranges, mêmes si elles restent pour le moment très ponctuelles voire marginales au sein de l’extrême droite, démontrent que l’on assiste à une montée inquiétante des idées réactionnaires qui tendent à s’implanter durablement dans la société.

Il n’est pas dit que cette nouvelle conjonction de groupe religieux radicaux et fascisants a priori totalement antagonistes, mais qui développent tous unanimement la même haine des femmes (surtout lorsqu’elles sont féministes), les mêmes discours racistes, sexistes ou homophobes n’en viennent pas dans un futur proche a redoubler d’activité et a passer a des actions communes plus radicales et violentes.

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1Parmi les alliances de circonstance douteuses, notons que quelques jours avant, le 15 octobre, un Juif intégriste s’était joint aux catholiques de SOS Tous Petits pour protester contre le centre IVG de l’hôpital Tenon, ainsi que le relate la pĥotographe officielle du mouvement : anne-kerjean.blogspot.com/2011/10/manifestation-de-sos-tout-petits-metro_9921.html

2 Voir ici l’un des communiqués du Pas: partiantisioniste.com/actualites/suite-a-la-manifestation-contre-la-christianophobie-communique-du-centre-zahra-france-0935.html

3Voir ici : forsane-alizza.com/toute-lactualite/blaspheme-contre-jesus-que-la-paix-soit-sur-lui-action-du-renouveau-francais-19391

4Voir ici : forsane-alizza.com/toute-lactualite/rassemblement-aujourdhui-a-paris-objectif-defendre-lhonneur-de-notre-prophete-issa-jesus-la-paix-sur-lui-19697

5 Voir ici : bloc-identitaire.com/actualite/1642/assises-contre-islamisation-europe-oskar-freysinger-paris-18-decembre et la: bivouac-id.com/billets/venez-nombreux-aux-assises-internationales-sur-lislamisation/

6 Voir ici sur: http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/12/16/les-assises-sur-lislamisation-pas-dinterdiction-mais/

7Voir ce reportage de l’émission « Spécial Investigation » sur Canal + diffusée le 30 mai 2011 : http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3357-c-special-investigation.html?vid=469624

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Contre leur liberté d’expression

En ces temps de confusionnisme politique galopant, où les fascistes se font passer pour des démocrates et ou les antifascistes sont accusés d’être des censeurs totalitaires, y compris par des gens se voulant de « gauche », il est bon de remettre quelques pendules à l’heure. Or, c’est précisément ce que fait le texte ci-dessous, que nous empruntons à l’excellent blog du collectif Luftmenschen.

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Dans les moments de lutte, les pauvres se fichent  de la liberté d’expression de l’ennemi :

– Quand des travailleurs séquestrent un patron, accessoirement, ils l’empêchent d’expliquer benoitement à la télé pourquoi il lui est nécessaire de briser leurs vies.

– Quand des chômeurs occupent une administration, y interrompant le travail en cours, on ne se préoccupe pas de savoir que la dite administration ne pourra pas édicter en temps et en heure la circulaire qui nous prive de nos droits, c’est même l’un des objectifs de l’occupation.

– Quand on se bat dans la rue, quand on y érige des barricades, on bloque physiquement d’autres hommes, mais on récupère aussi un territoire où leur voix modèle le paysage et l’atmosphère en temps normal.

Mais les pauvres engagés dans la lutte concrète contre la bourgeoisie n’ont guère le temps de s’exprimer longuement, même s’ils en ont le droit, au moins formel.

D’autres en ont fait métier : professeurs d’université ou de grandes écoles, ils sont les penseurs de ce temps, se vivent comme « la voix des sans voix » sans jamais s’interroger sur leur légitimité.

Pierre Bourdieu avait  inauguré cette manière de faire pendant le mouvement des chômeurs de l’hiver 97-98: l’Ecole Normale Supérieure était occupée depuis plusieurs jours par des centaines de précaires, cernés par des escadrons de flics dont l’objectif premier était bien d’empêcher la diffusion de la lutte et de son contenu à l’extérieur.

Le prestigieux professeur s’était planté là, dos à l’Ecole, dos aux occupants, face à des dizaines de caméras, pour expliquer pourquoi les autres affrontaient la police, cette même police qui le laissait s’exprimer, lui.

Devenu spécialiste après cet épisode, le digne homme se vit cité par les organisations « représentatives » des chômeurs et précaires quand il s’agissait d’expliquer le sens profond de la lutte. Les concernés, ceux qui vivaient la précarité dans leur peau se trouvèrent vite réduits au statut d’exemples illustrant les théories des professeurs, car Bourdieu n’était pas seul en lice, de Moulier Boutang à Negri, beaucoup de gens avaient des mots à mettre dans la bouche de ceux qui faisaient le mouvement.

A la fin des années 90, au moment où l’attaque capitaliste contre les acquis sociaux entrainait économiquement la chute des catégories sociales intermédiaires, et notamment des professions intellectuelles, une petite niche d’emploi innovant commença ainsi à se développer : parler à la place du mouvement social du haut de sa chaire d’universitaire devint un moyen commode de se distinguer des concurrents, dans un contexte de privatisation des universités.

Le modèle était évidemment celui de l’intellectuel révolutionnaire d’autrefois. Mais si Lénine ou Trotsky étaient pourchassés par toutes les polices européennes pour leur activité d’écriture, si la réunion dans un café où fut élaborée la plateforme maknoviste au milieu des années 20 fut interrompue par les flics, si empêcher la diffusion des brochures et des écrits fut un des principaux objectifs des structures répressives jusqu’au milieu du siècle dernier, aujourd’hui, l’intellectuel « révolutionnaire »  n’a pas ce souci.

Invité à la télé,  il peut y dénoncer la censure atroce qui s’exerce contre ses idées car « il passe à Ce soir ou Jamais, certes, mais pas au journal de Jean-Pierre Pernaud. »

Certes ses journées sont épuisantes: entre son emploi à l’Université, les tribunes à rédiger pour les médias internet, Rue 89 ou Mediapart, et les débats du mouvement où ouvriers, sans papiers ou étudiants en lutte sont conviés à l’écouter , …sa vie n’est pas de tout repos.

Une vie de mots sans importance mais bien payés et reconnus socialement.

Mais comme toute marchandise en monde capitaliste, le commerce des mots est livré à la concurrence. A l’extrême gauche, pour une lutte médiatisée, trente « intellectuels » désormais pour vouloir en parler.

Ainsi le jeune émeutier de banlieue comme son alter ego palestinien sont-ils des cibles très convoitées. Tout le monde a quelque chose à en dire, mais on tourne vite en rond. La sphère médiatique se lasse vite des idées neuves, le concept d’Indigène seul a fait son temps, le scandale bien réel enfin dévoilé du « post colonialisme » ne suffit plus à lui seul. Récemment, dans Libération, nombre d’intellectuels et d’universitaires ont  innové à propos du procès de Villiers le Bel en annonçant l’évènement comme le passage à la lutte armée des classes dangereuses « noires et arabes. « 

Accessoirement, aucun jeune de Villiers le Bel, aucun habitant n’avait formulé les choses de cette manière à propos des tirs contre des policiers. Accessoirement, cette tribune libre intervenait dans un procès ou l’objectif des inculpés était justement de démonter une version selon laquelle des groupes parfaitement organisés auraient prémédité de « tuer du flic « . Accessoirement, la tribune de libre expression provocatrice de nos intellectuels « pas habitants  » de Villiers le Bel fut-elle reprise par une partie des media d’extrême droite et présentée comme la parole de la banlieue.

Les jeunes inculpés qui n’avaient pas parlé de lutte armée ont été condamnés à des peines de dizaines d’années de prison.

Pour les intellectuels universitaires, la question est surtout celle de la prochaine provocation, de la prochaine surenchère sur les luttes, du prochain usage de la liberté d’expression qui leur est concédée.

Ils en ont le droit, ils savent s’en servir, et ils en vivent.

La dessus, la liberté d’expression ne diffère pas des autres libertés bourgeoises inscrites dans le marbre des constitutions des pays démocratiques. Les libertés sont exactement comme les produits dans les rayons du supermarché, la question n’est pas la pénurie, mais la possibilité d’acheter la marchandise disponible.

Personne ne remettra cette idée en cause pour certaines libertés, ainsi personne à gauche n’ira dire que chacun dispose à parts égales de la liberté d’entreprendre ou d’être propriétaire. Bien au contraire, tout anticapitaliste, même modéré, part du principe que ces libertés fonctionnent sur le principe d’un exploiteur et d’un exploité, d’une partie qui fait ce qu’elle veut et de l’autre qui subit forcément et se fait déposséder.

De fait, l’ensemble du mouvement révolutionnaire, et même une grande partie du réformisme socialiste originel s’est construit sur un objectif : priver la bourgeoisie de ces deux libertés, celles de s’approprier la marchandise et le travail des autres.

Et pour tous les révolutionnaires, il ne s’agissait pas de se réapproprier ces libertés, de les transmettre d’une classe à une autre, mais d’abolir le salariat et la propriété .

Le rêve révolutionnaire repose sur la destruction sociale de ces deux libertés bourgeoises, c’est celui d’un monde ou personne ne pourra plus entreprendre d’exploiter les autres.

Dans le cadre de la lutte des classes, la liberté d’expression du prolétariat est elle aussi muselée, tout naturellement. La destruction des moyens de communication de l’ennemi de classe est donc une nécessité immédiate pour les prolétaires. Virer des espaces de décision collective du mouvement, ceux qui ne partagent pas la volonté de lutter aussi. Ne pas laisser la parole à tout le monde, c’est même la base du combat. Quand cette base n’existe pas ou est remise en cause, très vite le mouvement s’effondre : ainsi dans ces AG d’université ou on laisse s’exprimer ceux qui sont contre la grève ou le blocage, ou l’on revient en arrière en débattant sur l’existence même du mouvement. Ainsi en est-il aussi lorsque le syndicalisme passe de la négociation, ou chacun expose l’état du rapport de forces et les revendications qui vont avec, à  la concertation ou les représentants des patrons et des ouvriers sont censés s’exprimer, s’écouter et s’entendre… sur le dos du prolétariat.

« Le prolétaire s’exprime mal », c’est un lieu commun entendu toute notre scolarité. Et pour cause, cela ne fait pas partie des savoirs que l’on veut bien nous transmettre, et individuellement, l’exploitation ne nous permettra pas de les développer plus tard.

La liberté d’expression est donc une liberté virtuelle au niveau individuel: seule la lutte, la construction d’outils collectifs, le partage des savoirs permettent aux pauvres de pouvoir dire et communiquer efficacement entre eux.

Mais dans le cadre capitaliste, ils ont toujours un train de retard et ne sont jamais à égalité car il ne s’agit pas seulement de dire, mais d’être entendu. Tout le monde peut faire son blog, tout le monde peut envoyer des communiqués de presse, tout le monde peut donner son avis, mais tout le monde ne sera pas repris, pas référencé, et pas entendu de la même manière.

Comme pour toutes les autres libertés, l’accès aux moyens de production, le côté de la barrière de classe où l’on est détermine tout. C’est la raison pour laquelle l’extrême droite et les mouvements fascistes règnent quasiment sans partages sur le net, en termes d’audience et de nombre de sites, en termes de participation au débat « libre et ouvert » sur les forums des grands médias.

C’est la raison pour laquelle aucune loi ne peut contrer cette domination : loi Gayssot ou pas, il n’y a rien de plus facile, malheureusement qu’accéder aux discours révisionnistes ou négationnistes, il est même difficile d’y échapper. Des centaines de commentaires sont postés chaque jour sur les plateformes vidéos, sur les forums généralistes avec des liens vers les sites néo nazis, ou plus subtilement vers des sites apparemment neutres mais qui renvoient à leur tour vers la propagande raciste et antisémite.

Il arrive que des sites soient fermés: ils mettent généralement quarante-huit heures à rouvrir ailleurs, parfois un tout petit peu plus.

Dans ce contexte, on peut comprendre que l’extrême droite fasse du foin autour de la loi Gayssot et déclare la liberté d’expression « menacée ». Le propre du fascisme est de se présenter comme une rébellion anti capitaliste, comme l’ennemi du système et d’utiliser les quelques freins étatiques à son développement pour entretenir cette image.

De la même manière, lorsqu’un Ministre d’Etat va un peu trop loin et trop ouvertement dans l’enrichissement personnel, lorsqu’un chef d’entreprise abuse un peu sur le nombre de valises de billets qu’il balade à droite à gauche, lorsque des conflits de pouvoir au sein même de la bourgeoisie donnent lieu au sacrifice de quelques lampistes, les lampistes en question hurleront au populisme, à la remise en cause de la « liberté » de l’industrie, voire au retour des rouges qui criminalisent le brave producteur et crient haro sur l’argent.

Aucun anticapitaliste n’ira les prendre au sérieux, évidemment.

Pourtant, lorsqu’il arrive qu’un néo nazi, un fasciste ou un révisionniste soit condamné pour ses propos et la diffusion de sa propagande, lorsqu’il arrive que l’un d’eux se retrouve en prison, toute une partie de l’extrême gauche, et une partie des libertaires se sentent brusquement investis d’une mission : défendre la liberté d’expression, au prétexte que cette épisodique répression des propos de leurs ennemis fascistes serait une atteinte aux fondements éthiques du combat révolutionnaire, et menacerait leur propre liberté d’expression.

A chaque fois, les mêmes arguments ressortent : l’attaque étatique contre des négationnistes ou des fascistes serait le prélude et le prétexte à un muselage du camp adverse, et des Noam Chomsky, des Jean Bricmont, seraient d’une lucidité salvatrice lorsqu’ils les défendent. Depuis dix ans, l’on nous annonce que la loi Gayssot sera suivie de bien d’autres.

Mais c’est bien là un point de vue externe à la lutte, un point de vue qui émane d’une classe qui a elle même le privilège de la liberté d’expression.

– Les délits d’outrage, les délits d’incitation à l’émeute, les délits de manifestation non autorisée existent depuis que la république est née et répriment invariablement les mêmes, les prolétaires en révolte qui n’ont jamais eu le droit de dire ce qu’ils voulaient.

– La diffamation et l’injure sont des infractions qui ont toujours permis de faire taire ceux qui s’attaquaient aux intérêts de la bourgeoisie et n’avaient pas les moyens financiers de faire face à de longues et couteuses procédures juridiques, pas les moyens de se payer des avocats spécialisés.

– Le devoir de réserve dans la fonction publique a toujours été utilisé pour imposer le silence aux agents de l’Etat sur le véritable fonctionnement des administrations où ils travaillent.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, les lois d’amnistie votées à cette occasion ont un effet particulier sur la liberté d’expression. Si l’on dénonce les crimes commis par un membre de l’Etat français à cette époque, et que l’on est attaqué en diffamation, on ne pourra pas se défendre en apportant la preuve des crimes allégués car ceux-ci sont couverts par la loi d’amnistie.

Ce dernier exemple montre bien que des lois existent dans ce pays contre la liberté d’expression des victimes du racisme et du colonialisme. Elles n’ont jamais donné lieu à une levée de boucliers comparable à celle contre la loi Gayssot, qui après tout ne s’attaque qu’à la liberté d’expression des bourreaux et de leurs soutiens, et de manière bien peu efficace.

La question qui se pose aujourd’hui à tout prolétaire en lutte menacé par la montée du fascisme est donc simple : comment faire taire les bourgeois et les fascistes, comment détruire ou neutraliser les moyens de propagande de l’ennemi ?

La « liberté d’expression » doit être détruite, au même titre que toutes les libertés bourgeoises, il ne s’agit pas de les reprendre pour nous, c’est impossible.

Le monde que nous voulons sera celui de la liberté d’apprendre, de la liberté d’accès à la vérité scientifique, celui de la liberté de réflexion, qu’entrave nécessairement la liberté d’exprimer des mensonges, de manipuler le prolétariat en laissant libre cours aux manipulations des charlatans de l’irrationnel.

Reconnaître à nos ennemis le droit de s’exprimer, c’est leur reconnaitre le droit de gagner la bataille : car les mots sont des armes mortelles.

– En Europe de l’Est, les antifascistes tombent sous les coups de la liberté d’expression capitaliste, parce que les néo nazis publient leur nom et leur adresse sur des sites hébergés aux Etats Unis.

– En France, des femmes voient leur vie brisée par la culpabilité  parce qu’elles ont cherché sur Internet des informations sur l’avortement et sont tombées sur les sites des anti IVG, bien mieux référencés que ceux du planning familial.

– Des jeunes Juifs se font tabasser parce que se répand sur toute la toile le négationnisme qui les présente comme les plus grands manipulateurs de l’Histoire.

La révolution, c’est nécessairement bâillonner la bourgeoisie et ses alliés fascistes.

Nécessairement donc, ceux qui défendent le droit de nos ennemis à propager leur haine sont dans leur camp, volontairement ou pas.

En ce qui concerne les « intellectuels » progressistes qui défendent Faurisson ou Reynouard, peu nous importe qu’ils ne soient pas des fascistes : sans doute défendent-ils leur bout de gras pour la plupart, ce qui leur reste de privilèges concédés par la bourgeoisie : parler à tort et à travers, provoquer sans rien risquer.

Concernant Chomsky, le cas est plus grave.

Nous n’avons pas de temps à perdre à nous interroger longuement sur le hasard étrange, qui fait qu’un écrivain et universitaire américain, par deux fois, signe une pétition en faveur de révisionnistes français, qui ne sont pas si nombreux tout de même, sans les avoir lus. Nous nous contenterons de remarquer que Noam Chomsky ne connaît pas non plus les précaires français mis en examen suite à des plaintes de la CFDT pour leurs propos sur cette confédération, qu’il ne connait pas non plus les antifascistes russes réprimés depuis août pour leur simple appartenance revendiquée à des mouvements d’opposition à l’extrême droite, qu’il ne connaît pas non plus les nombreuses personnes condamnées pour outrage au chef de l’Etat français, qu’il n’a pas lu les textes anti patronaux pour lesquels des syndicalistes et des travailleurs sont régulièrement condamnés suite à une plainte de leur boite. Et que Noam Chomsky n’a pas signé les pétitions de soutien à leur sujet, et ce bien que leur liberté d’expression soit aussi directement mise en cause

De ceci, l’on ne peut déduire que deux choses : ou Noam Chomsky a lu Faurisson et Reynouard, et trouve un intérêt spécifique à les défendre, eux et pas d’autres, ou Chomsky ne les a effectivement pas lu, auquel cas il semblerait que ses contacts en France, qui l’amènent à signer des pétitions parmi d’autres sont manifestement prioritairement des antisémites et pas des militants révolutionnaires.

Mais peu importe : on peut défendre les fascistes parce qu’on l’est soi même ou seulement parce qu’on y trouve un intérêt matériel, ou même parce qu’on s’est laissé manipuler.

Mais de toute façon, dans la lutte à mort entre le fascisme et les prolétaires, il n’y a pas de troisième voix, pas plus qu’il n’y a de « troisième voie  » entre le capitalisme ou la Révolution sociale.

Les soldats perdus de l’extrême gauche qui défendent la liberté d’expression des fascistes sont des soldats quand même, au service des généraux de l’extrême droite.

Être liberticide c’est une nécessité, faire fermer leur gueule aux fascistes une priorité vitale.

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Michel Collon chassé de la Bourse du Travail : ce n’est qu’un début !

Nous publions ci-dessous le dernier communiqué du Collectif Missak et Mélinée, que nous tenons à féliciter pour son action anti-Michel Collon. Nous y joignons la vidéo réalisée par les fans de Saint-Michel sur le trottoir de la Bourse du Travail de Paris. Saint-Michel humoriste ? Dieudonné n’a qu’à bien se tenir !

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Le Collectif de syndicalistes antifascistes Missak et Mélinée se félicite de la décision des syndicats gérant la Bourse du Travail de Paris et de la CGT d’avoir annulé la conférence prévue avec l’intellectuel confusionniste Michel Collon. La venue d’un tel personnage aurait en effet donné un très mauvais signe aux militants – souvent sincères, hélas ! – qui se laissent abuser par les thèses confusionnistes, à l’heure où l’extrême droite cherche à séduire tout un pan du mouvement ouvrier par l’adoption de discours à caractère social.

Or, l’extrême droite sous toutes ses formes et ses amis – même lorsqu’ils se revendiquent de ce même mouvement ouvrier – ont toujours été les ennemis de la classe ouvrière. Les oripaux sociaux qu’ils aiment adopter ne doivent pas cacher leur seule ambition : se mettre au service des dominants afin de sauver la domination, en particulier lorsque cette dernière entre en crise. Cela s’est déjà vu par exemple dans les années 1930, et c’est à ce phénomène que nous sommes de nouveau confrontés aujourd’hui.

Il s’agit pour le mouvement ouvrier d’en prendre la mesure, et l’annulation de la conférence du faux ami Michel Collon nous semble envoyer un signe fort en ce sens et constituer le premier pas vers une prise de conscience que nous espérons générale, dans la mesure où Collon, loin d’être aussi insignifiant qu’on peut à première vue le penser, est un symbole de ce confusionnisme malsain qui profite à l’extrême droite et un intellectuel encore malheureusement très écouté dans certains milieux militants.

Michel Collon, grand défenseur de la liberté d’expression, entend porter plainte à notre encontre : tant mieux, cela permet de mettre à jour toute la duplicité du personnage et de faire tomber le reste de masque qu’il lui restait à tomber depuis son soutien à des régimes autoritaires et son ralliement à l’initiative de négationnistes reconnues. Nous nous réjouissons de l’excuse avancée pour cette plainte qui montre bien la sincérité militante du personnage : nous aurions fait perdre des sous à ce vil marchand de tapis, qui a dû vendre les quelques bouquins qu’il avait emportés avec lui sur le trottoir devant une Bourse du Travail fermée. Le fait n’a en tout cas pas manqué de nous amuser !

Merci à la CGT et à tou-te-s les militant-e-s syndicaux-ales qui ont contribué à cette victoire, qui en amènera d’autres !

Collectif Missak et Mélinée

missaketmelinee[at]riseup.net

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=5fifEl9S_N0]

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Rue des Vignoles, des « quenelles » tirées à blanc ?

On nous avait promis sur diverses sources virtuelles la visite (plus ou moins amicale) du Guide Suprême Dieudonné en personne, des nationaux et socialistes de Thömas Werlet, de membres d’Egalité et Réconciliation et de lanceurs, d’« enfileurs » et de « glisseurs » de « quenelles »[1] divers et variés lors de la conférence d’hier soir sur La Galaxie Dieudonné .

Présents lors de cette réunion afin d’assister à ce fabuleux spectacle, nous avons été fort déçus : pas l’ombre d’un seul de ces joyeux loustics, ni dans la salle, ni dans le tout le quartier Saint-Blaise où se trouve la rue des Vignoles. Où étaient donc les « quenelles de 200 » et les « quenelles de 250 » promises ? Incompréhensiblement, les obus de la Grosse Bertha n’ont pas sifflé ce soir et c’est donc tout ce qu’il y a de plus sereinement au monde que nous avons pu assister à la conférence de Michel Briganti, qui a à plusieurs reprises plaisanté sur le sujet.

On a pu tout lire sur le site d’Egalité et réconciliation au sujet des organisateurs de cette conférence : que la CNT auraient les mêmes financeurs que le CNT libyen (on vous laisse deviner lesquels…), qu’il s’agirait d’une organisation « sioniste » – voire « sionarde » – dont le symbole – « qui en dit long sur leur personnalité et leur combat » – serait un « chat du rabbin satanique », tantôt « possédé », tantôt « crasseux et apeuré », tantôt « prêt à bondir » sur les glorieux combattants de la Sainte Quenelle.

Désolés de vous décevoir, chers lanceurs, « enfileurs » et « glisseurs » de « quenelles », mais la conférence de Michel Briganti qui a eu lieu hier soir n’était pas organisée par le CNT Lybien ni par notre modeste Collectif  Conspis hors de nos vi[ll]les – comme cela était également supposé dans de nombreux commentaires sur les forums d’Egalité et Réconciliation -, mais par La CNT ou Confédération nationale du Travail, un syndicat de tendance anarcho-syndicaliste ou syndicaliste révolutionnaire, internationaliste, anticapitaliste et antifasciste qui a été crée en France en décembre 1946  par des réfugiés politiques espagnols de la guerre d’Espagne [2] qui fuyaient le franquisme, et dont certains des membres fondateurs ont participé à la Résistance et même à la libération de Paris.

Un conseil d’ami-e-s avant de jouer les vantards : retournez à vos livres de cuisine et d’histoire.


[1] « Quenelle » est un mot abondamment employé par Dieudonné et ses partisans en des sens variés qu’il n’est pas toujours aisé de définir, le plus courant étant celui de « vanne  » ou de « vérité » (Dieudonné prétendant révéler des « vérités » par l’« humour »). Il semble cependant qu’« enfiler une quenelle » ait un rapport avec un objet phallique quelconque. Enfin, il s’agit d’une récompense attribuée par Dieudonné à ses amis les plus « subversifs ».

[2]  Voir ici pour les  lanceurs de quenelles peu férus d’histoire : http://www.cnt-f.org/spip.php?article12

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Le 9 novembre, Michel Collon hors de la Bourse du Travail de Paris !

Nous avons reçu un appel émanant d’un nouveau collectif de syndicalistes antifascistes, le Collectif Missak et Mélinée, contre la venue de Saint Michel Collon à la Bourse du Travail de Paris. Nous le publions ci-dessous, avec nos félicitations pour cette initiative qui dénote d’une prise de conscience sur le sujet.

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Michel Collon à la Bourse du Travail de Paris

QUI EST VRAIMENT MICHEL COLLON ?

Le 9 novembre à 19h30, Michel Collon est invité à la Bourse du Travail de Paris, dans le cadre d’une tournée qu’il mène actuellement pour promouvoir son dernier livre : Otan, Libye et médiamensonges. Pour de nombreux militants de bonne foi, ce « journaliste » belge est un homme de gauche, critique des médias, anti-impérialiste, animateur d’un site de d’ « information alternative », Investig’Action. Pourtant, derrière ces dehors avenants, se cache un intellectuel aux positions et aux accointances douteuses, qui sont devenues évidentes ces dernières semaines à l’aune des révolutions arabes :

– Michel Collon a apporté son soutien actif, au nom d’un « anti-impérialisme » dévoyé, à Kadhafi. Il s’est même rendu à Tripoli afin de combattre ce qu’il nomme des « médiamensonges occidentaux ». Au contraire, il diffuse la propagande kadhafiste sur son site internet et sur sa page Facebook.

– Le 3 septembre dernier, il a relayé un appel à manifester « contre la guerre impérialiste » à République à Paris. Pourtant, bien plus que « contre la guerre », cette manifestation était une manifestation de soutien à Kadhafi organisée par deux négationnistes proches de Robert Faurisson et membres du Parti antisioniste, les militants d’extreme droite Alain Soral et Dieudonné notamment, mais aussi : Ginette Hess-Skandrani (exclue des Verts pour négationnisme) et Maria Poumier (secrétaire de rédaction d’une revue fondée par Roger Garaudy, négationniste militant également).

– Comme ses collègues du site legrandsoir.info, Michel Collon à l’habitude de publier des auteurs conspirationnistes et d’extrême droite : Thierry Meyssan et son Réseau Voltaire, Olivier Mukuna (hagiographe de Dieudonné), Jean Bricmont (défenseur des négationnistes), ou, plus récemment, des collaborateurs d’Info Syrie, un site pro-Bachar El-Assad appartenant à Frédéric Chatillon (ex-fondateur du GUD), notamment la religieuse Agnès-Mariam de la Croix, catholique intégriste et fervente défenseure de la répression en Syrie.

Ce qu’on appelle le confusionnisme politique est bien illustré ici : la rencontre de personnes se réclamant de la gauche ou de l’extrême gauche qui apportent soutien et alliance à l’extrême droite : c’est ainsi que l’humoriste Dieudonné s’est rapproché de Le Pen avant de fonder le Parti antisioniste (en réalité parti antisémite) avec l’ex-communiste devenu frontiste Alain Soral…

À ce jour, au-delà de quelques personnalités, le confusionnisme sous la forme de rapprochements tactiques avec l’extrême droite, les négationnistes ou l’antisémitisme ne pose plus problème à certaines personnes. Michel Collon est de ceux-là. Ne le laissons pas faire.

Le confusionnisme politique, ça suffit !

Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos !

COLLON hors de la Bourse du Travail !

Collectif Missak et Mélinée
Collectif antifasciste composé de syndicalistes
missaketmelinee@riseup.net

Tract et affiche :

tract_missaketmelinee

affiche_missaketmelinee

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L’extrême droite de Thömas Werlet reçue en grande pompe a Téhéran

Nous publions ci-dessous un texte du blog Soliran Paris qui confirme les liens entre le régime iranien et une certaine extrême droite française. On savait déjà qu’Ahmadinejad et ses sbires éprouvaient une sympathie – bien réciproque – pour des Meyssan, des Dieudonné ou des Alain Bonnet de Soral. Désormais, ils ont rajouté une corde à leur arc : Thömas Werlet et son Parti solidaire français, qui ne sont pas si éloignés que ça des trois autres, puisqu’il sont devenus des habitués du Théâtre de la Main d’Or de Dieudonné et ont participé à la campagne du Parti antisioniste.

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Le  Parti solidaire français de Thomas Werlet  (ex-Droite socialiste et groupuscule particulièrement violent[1]  qui développe un programme mettant en avant des thématiques « nationales » et « socialistes »)  a été reçu avec les honneurs par Husseini  le ministre de la « culture » d’Ahmadinejad. Depuis quelques mois le régime Iranien à multiplié les contacts avec les représentants  de mouvement fascistes français, et cette visite s’est déroulée dans ce cadre. Ainsi le 13 Avril 2010  avait déjà  eue lieue dans un café  une première rencontre lors de cette rencontre organisée par le journal Flash d’Alain Soral entre Seyed Mehdi Miraboutalebi, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Paris et  des représentants de l’extrême droite française[2]. Thomas Werlet y était déjà présent, aux côtés entre autres de Marc George (ex-secrétaire général d’Egalité et Réconciliation) ou de Jacques Bordes (un militant « national révolutionnaire »).

Depuis cette date,  un paquet de représentants  de l’extrême droite françaises on fait  de nombreux  voyages  chez Ahmadinejad.  Citons parmi ceux-là :  Yahia Gouasmi (fondateur du centre Zarha, une officine du régime en France), Dieudonné du Parti Antisioniste, Maria Poumier  et  Ginette Skandrani (deux militantes négationnistes), ou plus récemment l’écrivain et « journaliste » conspirationniste Thierry Meyssan, ainsi que Paul-Éric Blanrue (auteur d’un film a la gloire du négationniste Robert Faurisson)  et d’une pétition en faveur de la libération de Vincent Reynouard un militant négationniste[3]. Ces deux derniers personnages ont fait partie en 2011 des invités officiels du 29e festival du film « Fajr » de Téhéran.[4]

Cette fois c’est donc au tour du Parti Solidaire Français  de Thomas Werlet  d’être reçu par Husseini, ministre de la « culture » de la dictature, dans le cadre du 5th International Digital Media Fair & Festival qui s’est tenu à Téheran du 9 au 15 Octobre 2011.  C’est donc tout à fait officiellement qu’une délégation de ce groupuscule raciste et xénophobe proche de l’activiste « ethno-différentialiste »  Kemi Séba ( ex Tribu Ka , Mouvement des damnés de l’impérialisme) s’est rendue en voyage a Téheran dans un avion spécialement affrété par le régime.

Thomas Werlet et un de ses lieutenants Olivier Lemoine ont rencontré en cette occasion des délégations de pays comme le Brésil, la Bolivie, l’Equateur, la Malaisie, l’Italie, l’Indonésie, l’Uruguay, le Chili, l’Allemagne, le Kenya, l’Egypte, Cuba, la Chine, l’Afghanistan, l’Irak, Hong Kong, l’Angleterre, l’Inde, le Pakistan et le Tadjikistan. Aucune des organisations présentes – parmi lesquelles des organisations de jeunesse de régimes autoritaires comme celui qui dirige Cuba –  ne semblent avoir émis la moindre réserve morale ou éthique durant ces cinq journées de conférence quant à la présence de cet activiste d’extrême droite qui se vante sur son site  d’avoir eu de trés bons contacts avec  les diverses délégations présentes :  « Ce fut l’occasion pour le P.S.F. de prendre de nombreux contacts et d’établir de nouvelles relations avec différents militants et représentants d’organisations anti mondialistes (Hezbollah, Jeunesses Iraniennes, résistance palestinienne, Jeunesses cubaines, et beaucoup d’autres activistes du monde entier). »[5]

Ironie de l’histoire : cette réunion  mondaine du régime avait pour thème les médias et internet, alors même que ce pays enferme et condamne régulièrement à de lourdes peines de prison  et même à la peine capitale des blogueurs des cyberactivistes qui osent critiquer le régime.

On constate donc une fois encore que les représentants de l’internationale fasciste et de la peste brune ont pignon sur rue sur les médias du régime de Téhéran. Press-tv.ir, l’Irna, Fars News  ouvrent régulièrement leurs colonnes à des gens comme Alain Soral, Thierry Meyssan, Ginette Skandrani ou le militant néo nazi anglais Peter Rushton.[6] De bien curieux référents idéologique pour un régime pourtant chéri par nos sites et intellectuels  « anti impérialistes » français ou belges se voulant de « gauche » ou même « communistes » voire « anarchistes » comme Le Grand Soir, Bellaciao, Michel Collon ou Jean Bricmont qui continuent a voir aveuglément dans le régime d’Ahmadinejad un rempart à l’impérialisme occidental et au capitalisme débridé (alors même que la politique économique du régime est ultralibérale).


[1] Rappelons aussi  que  malgré les démentis de Werlet  des membres de La droite socialiste s’étaient déjà fait remarquer avec des violences raciste commises en banlieue parisienne et dans les transports en commun. Des individus du groupe Nomad 88 qui s’occupait alors du service d’ordre de son groupuscule ont tiré sur une cité populaire au pistolet mitrailleur en 2008 dans l’Essonne. Voir ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Nomad_88 et là : http://blogs.rue89.com/jean-yves-camus/essonne-un-groupe-skinhead-implique-dans-une-fusillade?page=1 Voir aussi une agression contre de jeunes Noirs dans le métro en 2007 par le même groupe dans la vidéo « La vérité sur Kemi Seba, ses liens à la mouvance néo-nazie, la vérité enfin dévoilée. » : http://www.youtube.com/watch?v=DSWXJm1ub04

[2] L’Ambassadeur d’Iran à la rencontre de l’extrême droite radicale : http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/04/14/lambassadeur-diran-a-la-rencontre-de-lextreme-droite-radicale/

[3] Pétition lancée avec  le très controversé « intellectuel de gauche » Jean Bricmont  qui demandait la libération du  militant néo nazi négationniste Vincent Reynouard, libéré depuis.

[4] Un festival officiel du « film » organisé tout les ans par  régime de Téhéran et ou sont invités chaque année des représentants de l’extrême droite française mais aussi internationale.  Meyssan et Blanure y ont longuement  « débattu »  sur  « L’hollywoodisme, le terrorisme, le Pentagone et la CIA » mais aussi sur les « militants révisionnistes » (sic)  comme Vincent Reynouard « harcelés et emprisonnés du fait de la loi Gayssot ». Voir ici sur ce site proche de la mouvance Dieudonnè : medialibre.eu/monde/dieudonne-blanrue-et-meyssan-a-teheran-reynouard-a-lhonneur/5532

[5] Voir ici: partisolidaire.blogspot.com/2011/10/compte-rendu-du-seminaire-en-republique.html

[6] Nous avions déjà parlé ici de la présence régulière de militants néo nazis invités des médias nationaux du régime de Téhéran:  http://soliranparis.wordpress.com/2011/07/27/un-neo-nazi-anglais-invite-regulier-des-television-du-regime-de-khamenei/

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Rencontre avec Michel Briganti, auteur de « La Galaxie Dieudonné »

Nous relayons ci-dessous une invitation à une conférence-débat autour du livre La Galaxie Dieudonné  qui aura lieu en présence d’un des auteurs au local de la CNT à Paris le jeudi 10 novembre à 19 heures. Cet excellent bouquin aborde de manière claire l’histoire du retournement de Dieudonné et dresse un tableau détaillé de ses réseaux, qui recouvrent un certains nombre de personnages et d’organisations dont nous parlons régulièrement ici : Thierry Meyssan, Alain Bonnet de Soral, le Parti antisioniste ; ou dont nous parlons moins mais qui sont tout aussi révélateurs : le clan Le Pen, le suprémaciste noir Kemi Seba, les juifs ultraorthodoxes « antisionistes » Neturei Karta, Raël et le lobby français des sectes, etc.

La galaxie Dieudonné – pour en finir avec les impostures (Syllepse, 2011).

Michel Briganti, co-auteur du livre, viendra présenter son travail aux Vignoles le jeudi 10 novembre 2011 à 19h :

Confédération Nationale du Travail
33, rue des Vignoles
Métro Avron (ligne 2) ou Buzenval (ligne 9)

Quatrième de couverture :

« Depuis ses premiers « dérapages » il y a près de dix ans, Dieudonné a rassemblé autour de lui des soutiens hétéroclites.

« Sept familles » gravitent autour de celui qui se présente comme le « trublion de la politique ». D’abord constituée le temps d’un scandale ou d’une élection, la nébuleuse participe ensuite d’un projet plus large et ambitieux. Un nouveau cycle historique de l’extrême droite semble se cristalliser.

Réseaux, contacts, convergences et parcours des -diverses composantes de la « galaxie Dieudonné » sont ici minutieusement examinés et analysés : -négationnistes, conspirationnistes, « rouges-bruns », vieux routiers de l’extrême droite, fondamentalistes musulmans, -illuminés, se retrouvent et se croisent.

C’est le carrefour des liaisons dangereuses où l’antisémitisme se pare des oripeaux de l’antisionisme et le nationalisme se dissimule derrière le droit à la différence.

Ce livre au plus proche des sources invite à un voyage au bout de la nuit. L’investigation dévoile -l’imposture d’un histrion qui prétend parler au nom des damnés de la terre. L’enquête arrache le masque derrière lequel se dissimule une extrême droite révolutionnaire en guerre contre l’«Empire ». »

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